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les sabots d' helene : Brassens

Brassens


Fils de maçon, il vient à Paris en 1939, peu attiré par la perspective de préparer son baccalauréat. Sans ressources, il est recueilli par Jeanne Planche (qu'il chantera souvent: La cane de Jeanne, Chez Jeanne) chez qui il continuera d'habiter longtemps (Jeanne est morte en octobre 1968). Travaille en usine (Renault), envoyé au S.T.O., publie en 1942 un recueil de poèmes, À la venvole. Après la guerre, continue à écrire et milite au sein de la Fédération anarchiste (il collabore même au Libertaire). C'est Jacques Grello qui le «découvre» en 1952: il passe alors aux Trois Baudets, à Pacra, et enregistre son premier disque microsillon chez Philips (La mauvaise réputation, Le Gorille, etc.). Publie à la même époque un roman (La tour des miracles, 1953) et de nouveau des poèmes (La mauvaise réputation, 1954). Depuis lors, son succès n'a cessé de croître. Ses disques, sans cesse réédités, ont été réunis en un volumineux coffret, ses chansons sont parfois traduites (espagnol, italien, allemand) et il a sans doute largement participé (involontairement) à lancer la vogue de la guitare sèche.

L'oeuvre de Brassens (près de cent cinquante chansons) a été l'objet de nombreux commentaires et de nombreuses tentatives d'appropriation (certains catholiques en particulier, tel Jacques Charpentreau, essaient de démontrer que cet athée militant est un chrétien qui s'ignore...). Il est vrai que sa thématique n'est pas toujours claire. L'anarchisme cependant domine (Hécatombe, Le pluriel) avec le regret du passé, de l'époque de François Villon (Le moyennâgeux), l'amitié (Au bois de mon coeur, Les copains d'abord). Mais sorti de ces trois idées forces, on ne sait jamais où l'auteur veut en venir et certains de ses textes sont même ambigus: Les deux oncles par exemple ont des relents de collaboration qui ne plurent pas à tout le monde. Mais cela aussi fait partie de son univers: ennemi des étiquettes, des définitions, il chante ce qu'il pense dans l'instant sans que l'on puisse toujours trouver une cohérence d'un texte à l'autre. Athée, il n'arrive pas à se débarasser du problème de la mort qu'il chante avec une ironie ou un brin de poésie masquant ses inquiétudes (Le testament, Les funérailles d'antan, Supplique pour être enterré à la plage de Sète). Il met aussi en musique des auteurs «reconnus»: Villon (La ballade des dames du temps jadis), Hugo (Gastibelza), Francis Jammes (La prière), Aragon (Il n'y a pas d'amour heureux), etc. Dans tous les cas, il introduit dans ses chansons, et par là même dans la chanson française, une poésie qu'elle avait perdue depuis longtemps, mais une poésie de type classique, celle qui plaît aux professeurs de lettres.

Ses musiques ont la réputation de se ressembler toutes, d'être monotones. Qu'on ne s'y trompe pas: sous les accords sobres de sa guitare se cachent tous les genres: java (Le bistrot), blues (Au bois de mon coeur), et même rock 'n' roll (Les copains d'abord). Sa voix n'est pas spécialement «belle» mais sa façon de lâcher les mots, très proche de celle des chanteurs de blues, est difficilement imitable. Le personnage a longtemps retenu l'attention: le verbe cru (voir par exemple La ronde des jurons, Le bulletin de santé), l'air bougon, il se créa très vite l'image d'un ours mal léché, d'autant qu'il se refusa toujours à révéler le moindre élément de sa vie privée (il s'en explique: Les trompettes de la renommée). Il s'explique aussi, avec humour et ironie, de ses gauloiseries et du rôle que le public le force à jouer (Le pornographe du phonographe). Il y a là, diraient les sémiologues, un signe nouveau et relativement rare dans ce milieu: la vedette qui refuse de jouer le jeu du vedettariat, l'homme célèbre dont on ignore la vie privée, etc. Il laisse cependant percer quelques éléments sur ses «copains» (René Fallet, Jean-Pierre Chabrol, etc.), ce qui participe bien de son univers et de son mythe.

Plus que son influence sur la jeune chanson (Pierre Perret et bien d'autres), plus que les hommages qu'on lui rend (prix de poésie de l'Académie française 1967, À Brassens, chanson de Jean Ferrat, etc.), c'est l'image d'un homme simple et sincère qui s'impose et qui restera sans doute.

(extrait de 100 ANS DE CHANSON FRANÇAISE, de Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet et Jean-Claude Klein; publié chez LES ÉDITIONS DU SEUIL, Paris, 1972)

Paroles de la chanson:

Les sabots d'Hélène : paroles

Les sabots d'Hélène
Etaient tout crottés
Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Etait comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De les déchausser
Les sabots d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée
Dans les sabots de la pauvre Hélène
Dans ses sabots crottés
Moi j'ai trouvé les pieds d'une reine
Et je les ai gardés

Son jupon de laine
Etait tout mité
Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Etait comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De le retrousser
Le jupon d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée
Sous le jupon de la pauvre Hélène
Sous son jupon mité
Moi j'ai trouvé des jambes de reine
Et je les ai gardés

Et le cœur d'Hélène
N'savait pas chanter
Les trois capitaines
L'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Etait comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps de fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De m'y arrêter
Dans le cœur d'Hélèn'
Moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée
Et dans le cœur de la pauvre Hélène
Qu'avait jamais chanté
Moi j'ai trouvé l'amour d'une reine
Et moi je l'ai gardé





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